Astuce 3D #18 — L'ABS et le TPU : deux matériaux, deux logiques opposées

L’ABS et le TPU sont souvent dans la même armoire à filaments, mais ils demandent des approches radicalement différentes. Comprendre pourquoi, c’est éviter des heures de ratés et des rouleaux gâchés.

Mercredi, on parle matériaux. Et aujourd’hui, on s’attaque à un grand écart : l’ABS et le TPU. L’un est rigide et capricieux, l’autre est souple et patient. Pourtant, beaucoup de makers les traitent de la même façon. Spoiler : ce n’est pas une bonne idée.

Commençons par l’ABS

L’ABS (Acrylonitrile Butadiène Styrène) est un plastique technique, solide, résistant à la chaleur. C’est ce dont sont faits les boîtiers électroniques, les pièces automobiles, les jouets de construction bien connus. Mais il a un défaut majeur : il se rétracte en refroidissant.

Pas un peu. Beaucoup.

C’est pour ça que l’ABS warp, se décolle, se fissure entre les couches. La cause est physique : l’ABS a un taux de retrait thermique d’environ 0,6 à 0,8 %, contre 0,2 % pour le PLA. En pratique, ça veut dire que ta pièce « tire » sur elle-même pendant l’impression.

La solution technique pour l’ABS
• Température de buse : 230 à 250 °C selon le fabricant
• Température de plateau : 100 à 110 °C, sans négoce
• Enceinte fermée obligatoire : un caisson qui maintient l’air ambiant à 40–50 °C empêche les chocs thermiques entre les couches
• Vitesse réduite : 40 à 50 mm/s maximum pour laisser les couches bien se lier
• Refroidissement : coupe le ventilateur de couche à 0 %, ou presque. L’ABS a besoin de chaleur, pas de courant d’air
• Adhérence plateau : une fine couche de colle bâton sur verre, ou une feuille PEI texturée chauffée

Si tu n’as pas de caisson, l’ABS n’est pas fait pour toi. Passe au PETG ou à l’ASA, qui offrent des propriétés proches avec bien moins de contraintes.

Maintenant, le TPU

Le TPU (polyuréthane thermoplastique) est un filament souple, élastique, idéal pour les coques de téléphone, les joints, les semelles, les protections. Il s’étire, rebondit, absorbe les chocs. Mais il a lui aussi son talon d’Achille : il est mou, justement.

Un filament mou, c’est un filament qui se plie avant d’entrer dans la buse. Il peut s’enrouler dans l’extrudeur, créer un bourrage mou impossible à déloger.

La solution technique pour le TPU
• Température de buse : 220 à 240 °C (il faut que le matériau soit bien fluide pour s’écouler sans forcer)
• Vitesse d’impression : 20 à 30 mm/s maximum. C’est lent, mais c’est non négociable. Au-delà, le filament boucle sur lui-même dans l’extrudeur
• Rétraction : réduis-la au minimum — 1 à 2 mm suffit, parfois zéro. Trop de rétraction, et tu aspires un bouchon mou dans le tube PTFE
• Extrudeur direct conseillé : un extrudeur Bowden, avec 50 cm de tube entre le moteur et la buse, laisse trop de jeu au filament souple pour se déformer. Un direct drive réduit ce problème drastiquement
• Plateau : 30 à 50 °C, une feuille PEI lisse ou du BuildTak. Le TPU accroche facilement — pas besoin de forcer

Le point commun entre les deux

Ni l’ABS ni le TPU ne pardonnent l’humidité. L’ABS imprimé avec du filament humide crée des bulles et des stries sur les couches. Le TPU humide mousse et perd son élasticité. Stocke-les toujours dans un sac hermétique avec des sachets de silicagel, et sèche-les 4 à 6 heures à 60–65 °C si tu as un doute.

En résumé
• ABS : chaud, fermé, lent, sans ventilation
• TPU : lent avant tout, rétraction minimale, extrudeur direct si possible
• Les deux : stockage sec impératif

Si tu veux tester l’un ou l’autre dans un environnement adapté, les ateliers Makers’CONCEPT à Évreux sont là pour ça — matériel, conseils, et une bonne dose de patience collective.

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